Arsenal 187, un collectif créatif

Il est toujours bon de disposer d’un solide réseau social pour deux raisons. La première, c’est pour se plaindre que les gens postent de la merde sur leur vie pourrie. La deuxième, c’est pour tomber parfois sur des perles qui nous rassurent sur le fait que les gens sont des cons et qu’on est plus intelligents qu’eux. Ou aussi de se taper une branlette devant une petite vidéo coquino-porno discrétos, entre deux photos de la crémaillère du cousin Blaise.

L’autre jour, un de mes « amis », Baptiste, sur Facebroute a posté cette vidéo, en moquant les interprètes de ce clip somptueux. Et encore une fois, l’analyse de cet « ami » (à qui j’ai pété la gueule IRL depuis) est tombée à côté, un peu comme les détracteur de l’excellent Cirdo dont j’ai déjà parlé.

33 coups a été longtemps conspuée pour sa réalisation cheap : il n’en est rien. Les membres d’Arsenal 187 (DDC Pulko et Nico) se sont associés pour accoucher d’une perle, volontairement tournée avec les moyens du bord. Ce choix artistique rend encore plus authentique cette œuvre et le propos qu’elle souhaite porter au plus haut.

L’introduction, somme toute assez classique, pose le contexte : qui sont les interprètes, où l’action se passe. C’est la ville de Bordeaux et sa région qui sont présentées, avec des plans « caméra à l’épaule » et tournés en voiture, pour appuyer la nervosité du propos. On voit de superbes coins, de la rambarde de la Rocade aux voitures stationnées dans les rues de la métropole. Putain, ça claque direct. Et là, le son monte pour finalement nous laisser découvrir DDC Pulko qui crache direct un rap sans équivoque : « Dans la région aquitaine on te baise […] », appuyant ses propos par une gestuelle aussi instinctive que travaillée. Dans vos gueules les rageux, ça commence très très fort. D’autant que la subtilité de la réalisation a échappé à beaucoup de monde : au début on voit le magnifique port de la Lune, subtil allusion au fait qu’il baise les rageux par le cul, et jeu de mot lune/cul par la même occasion (cf. mon père avec son expression « allez hop, le suppo il va dans la lune! » à qui je répondait « ouais, bin pas la peine de le pousser avec ta bite. »).
DDC continue à rapper bien sauvagement, avec la Rocade qui défile en incrustation à l’arrière. Les talents du pilote dynamisent le tout, et les cuts bien sauvages appuyés par des changements vestimentaires de nos rappeurs accompagnent la sauvageries de l’ensemble. Ça claque, d’autant que le texte est ciselé, quoi qu’un peu moins entraînant que le texte de Cirdo. Encore 5 minutes de bonheur, je suis en transe.

Le courage de l’engagement politique de nos deux rappeurs/militants renforcent le sérieux du propos, et tourne en dérision le pouvoir alors en place (la marionnette des Guignols, une idée de génie, dans ta gueule sarkozy!!!). Faut avoir des ballz pour faire ça quand même, les mecs imposent VRAIMENT le respect.

55 secondes de vidéo, et le problème de synchro labiale a été réglé (à moins que ce soit un effet volontaire du début de la vidéo pour rajouter une impression de volontaire du spectateur… ça serait exceptionnel). Nico 33 reste stoïque, amplifiant le décalage avec la brutalité de Pulko. Ses bras sont verrouillés contre son corps, rajoutant une communication gestuelle sur le côté défensif de nos bordelais et le fait qu’ils ne vont pas se laisser faire face à ces mecs qui viennent mettre le ouaille dans la ville sans la connaître vraiment. Ici, les mecs, on est pas des pédales, on a Juppé quand même.

« On te défonce, aux Quinconces ». Putain ce que c’est couillu, limite faudrait du bromure pour contenir la turgescence de la phrase. Les Quinconces, c’est une grande place très fréquentée, et oser se rebeller face à un mec qui vous prend à partie dans cet endroit, c’est risquer le fait de subir une injustice et de voir la maréchaussée vous reprocher d’infliger une réprimande bien locale aux enculés qui vous ont cherché des poux dans les couilles; autant vous dire que le propos est très bonhomme, ça pose les ballz sur la table. Après avoir fait référence à Gégé, qui est bien connu dans le coin comme étant un dur à cuire, Pulko vante l’élite intellectuelle (« on n’a pas de golmons ») et la nécessité de travailler dur (« on a besoin de ronds »), tout en s’appliquant à faire rimer son texte.

Transition, et on passe à la vie nocturne très animée des quais de Paludate, où il y a « toujours des bastons ». Bon ok, les coups de poings ne sont pas super bien exécutés pour appuyer les propos, on sent l’intention mais Pulko n’est pas boxeur, seulement rappeur donc faudrait  se calmer un peu et fermer vos gueules. C’est comme si on demandait à un cheminot de travailler : même s’appliquant, il ferait pas ça bien vu le peu de pratique qu’il a.

Il faut savoir être objectif, et le premier impair de la vidéo se fait entendre : « le stade Chaban Delma ». Bon, déjà à Bordeaux on prononce les S, ça serait « Chaban Delmassse« , et en plus comme il commence à péter les couilles le stade, les vrais l’appellent encore le stade Lescure, donc là l’engagement politique en prend un coup; c’est un peu pédé comme prise de position, j’ai du mal à comprendre comment un artiste aussi rigoureux a pu se rater comme ça.

« quand on gagne, y’a embrouille/ quand on perd, y’a embrouille/ quand y’a match nul, y’a embrouille,/peu importe le résultat y’aura toujours une embrouille » : ça c’est l’esprit les mecs. On se laisse pas faire, le ton remonte aussi tôt et le petit faux pas de Chaban Delmas est vite rattrapé. A 1’38, c’est parti pour la dédicace somme toute classique, pour les rappeurs locaux : ce type de clin d’œil est toujours sympa, si ces connards de l’office du tourisme pouvaient s’en inspirer ça serait quand même mieux. Après, on fait le tour de toutes les cités de banlieue bordelaise où y’a du mouvement et de l’identité : Cestas et Bazas notamment, où ça pue vraiment entre les orteils par moments quand y’a du grabuge, mais normal, « c’est du rap ».

Et là, vla le refrain qui claque : « les rageux => 33 coups / les haineux => 33 coups / les balances => 33 coups / les salopes => 33 coups / les racistes => 33 coups / les jaloux => 33 coups / les boloss => 33 coups / et les traitres => 33 coups « . Magistral, filmé en plan serré, façon selfie badass, le message est passé, vous êtes prévenus… et sans laisser le temps de respirer, c’est Nico qui prend la suite, dans un style plus différent.

Nico est saignant dans son phrasé, on sent le mec qui a vécu. Ça tranche, ça taille direct, le mec fait une parodie de chorégraphie pour se foutre de la gueule des baltringues qui lui cherche l’embrouille, et pose direct ses couilles sur le clip, en mode je baise vos gueules. Trop badass putain. En parlant de baiser des gueules, « à la gare Saint Jean y’a les putes, elle me font une turlutte » : l’air de rien, cette phrase est un pied de nez à la religion (se taper une pute devant Saint Jean) et à ces connards de cheminots (tenez les mecs, vous en prenez deux dans la caisse aujourd’hui, mais bon, hein, c’est pour toutes les fois où vous branlez rien, pas comme les putes… vous avez compris ou il vous faut un dessin?). Couillu je vous ai dit.

« Au match des Girondins dans le stade, les meufs me prennent le gourdin ». Nico est tellement chaud qu’il risque de tabasser à lui seul le gradin entier, donc autant vous dire que les nénettes sont à l’affût pour rentrer avec leur mec à peu près en état, c’est pour ça qu’elles agissent. Et histoire de se calmer, il va faire du drift en kart, bon c’est pas hyper perf de faire glisser le kart et mieux vaut éviter la dérive sinon on perd de vitesse de passage en courbe, après il est rappeur, pas pilote hein donc allez rager ailleurs, les nains qui font vroum vroum dans votre caisse pour compenser la taille ridicule de votre bite.

Une petite pub pour son album glissée dans le clip, c’est très court et pas très subtil mais bon, vu qu’on en a toujours pas vu la couleur on ne peut pas lui en vouloir. Allez, ça enchaîne : « il y avait, un bossgo à la Japan Expo » avec une photo de lui. Ca tombe un peu de nulle part, j’ai l’impression que la vidéo prend une drôle de tournure; cette impression est confortée, on passe du stade Chaban et de la paix entre les supporters au fait de fumer un spliff à Bordeaux (avec un petit conseil santé)… et sur une scène où il se fait masser par une meuf trop cheum sur un fond rose. C’est quoi ce délire? Là j’ai pas pigé, à moins que ce ne soit pour illustrer le fait de fumer et de dégueuler derrière, ce qui expliquerait le tout.

Refrain numéro 2, puis on enchaîne sur le règlement de compte avec ces fils de putes d’anonymes qui se croient tout permis sur le web parce qu’on sait pas qui ils sont alors qu’en face à face, ils ferment bien leur gueule, il regardent leur chaussures et ils font un ulcère dans leur trouille/rage contenue. Pédés.

« Tu veux baiser ma meuf je vais baiser ta mère », ça c’est envoyé. On passe de l’intention de l’agresseur à l’action de l’offensé, c’est vraiment bien écrit. Et là le traître en question, il ramasse bien comme il faut, avec une éjac dans sa bouche à la fin pour qu’il puisse plus parler. Muhahaha, c’est bon ça.

Troisième refrain, on vante l’activité débordante autour de la drogue et des meufs. Mouaif, un peu classique à mon goût, mais ça fait vraiment classe quand même de balancer ça (on ne peut pas innover tout le temps). Un petit tour sur les spécialités locales (les putes notamment, on y revient, et le pinard).

Rafale finale, fermez le ban, tout est dit, emballé c’est pesé. Merci, franchement, MERCI de relevez le niveau des artistes locaux et surtout, surtout, MERCI de m’avoir donné un bon prétexte pour péter la gueule à ce niqueur de chèvres de Baptiste qui n’avait décidément rien compris. Et pour les autres, bien apprenez à analyser une vidéo avant d’ouvrir vos gueules et beugler avec la masse. Niquez-vous, mais bien.

Chignolement votre,

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