Le stand up, un art nazi

L’autre jour, alors que je cherchais mes mouchoirs au moment suprême histoire de pas en foutre plein le clavier et que ma meuf se rende compte que je me branle devant mamiesalope.com, j’ai eu le malheur de cliquer sur une popup de pub. Et bim. Je suis tombé sur l’antichambre de l’humour, j’ai nommé une vidéo promotionnelle d’un comique de stand up. C’est là que j’ai fait un black out.

2h après, quand j’ai repris conscience, j’étais allongé sur le sol, la tête dans la corbeille à papiers pleine de mouchoirs amidonnés et le pantalon aux chevilles. Un peu comme les épileptiques quand ils regardent une émission de variétés (outrancière en termes de couleurs criardes), mon cerveau a été saturé par les images de ce terrible « one man show ». Bref, j’ai eu quelques explications embarrassantes à donner à ma copine qui m’a retrouvé la merde au cul, mes sphincters ayant lâché sur le choc.

Mais revenons-en à nos moutons. Prenons la définition de l’humour : c’est grosso modo distordre la réalité pour faire rire. Le comique, c’est la personne ou les éléments qui visent à distraire ou amuser le public. Le stand up, c’est ne pas faire rire les gens et entretenir le malaise social durant toute une séance, malgré les efforts de l’être qui gesticule sur scène pour tenter d’arracher un sourire gênant au public venu là parce que c’est happy hour. Rien qu’à la conclusion de ce paragraphe, on a déjà une belle démonstration comme quoi le stand up n’a rien à voir avec l’humour ou le comique. C’est dire si je suis brillant, poil au gland. Et pourtant, les gens désignent souvent le pauvre type sur scène comme un humoriste : aux « gens » je vous réponds « tas de cons, revoyez la définition et on en reparle ».

Note : Admirez le cadrage du sujet ; avec une telle précision, si vous n’êtes toujours pas jouasse je vous invite à vous laver la rondelle avec du white spirit histoire d’ambiancer vos hémorroïdes.

Le standupiste, c’est à dire le mec qui fait du standup, est la preuve même de la règle « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Effectivement, il est très difficile de rire avec le standupiste ; par contre il est très facile de rire de lui, tellement il est pathétique. Cette personne, généralement recalée au concours de chauffeur de salle ou ambianceur chez Nagui (c’est vous dire leur faible niveau intellectuel, un peu comme les cheminots qui se sont fait refuser successivement l’armée -manque d’intelligence- et de la Poste -manque d’efficacité- ), tente, au moyen d’un travail excessif au niveau de son phrasé et de ses expressions faciales, de vous arracher un sourire parce qu’il a lu une fois dans Femme Actuelle que le sourire était communicatif.

Note : Putain, j’ai utilisé le mot travail pour cette saloperie de cloporte de la société, gavé au statut d’intermittent. Et en plus j’avoue à demi-mot que j’ai lu au moins une fois Femme Actuelle : tout se perd ma bonne dame.

Bref, la plus grande partie de sa préparation se fait durant des repas de famille où tout le monde se fait chier. Ou encore avec ses amis qui n’osent pas lui avouer la triste vérité comme quoi au lieu de vouloir être une star, il ferait mieux de se suicider, et sur les rails du train de préférence, histoire de faire chier les cheminots. Et comme il n’a pas beaucoup d’ami, le standupiste s’entraîne tout seul devant son miroir, ou à la rigueur devant sa webcam : il faut dire que c’est tellement la merde qu’on ne voit pas la différence entre le résultat final et la vidéo publiée sur internet. J’extrapole peut-être un peu mais quand je vois des bonhommes vêler leurs étrons directement sur youtube, je me dis que se sociabiliser un peu et s’humilier dans un cercle un peu plus réduit, ça ne serait pas une perte. Histoire que toute ta vie ne soit pas foutue au point que tu passes pour « le con de la compta qui se croit drôle à raconter qu’il a mangé au restaurant chinois la veille, avec l’accent qui va bien ».

Car oui, autant j’admets qu’il faut des ballz (ou être suicidaire, voire inconscient… bref être con quoi) pour se produire en public et oser donner toute cette énergie pour faire rire avec une préparation aussi lamentable, autant je m’interroge fortement sur les textes. Sans chercher trop loin, on peut facilement faire un algorithme tout con qui permet de générer un pattern de stand up à réutiliser partout. Démonstration, vous allez mourir de rire si vous aimez le stand up (ce qui n’est du coup pas possible).

Introduction : là c’est quand le mec entre en scène.

« Salut tout le monde! Ca va bien? »

=> Bon déjà le fils de pute (ou la fille hein, y’a aussi des meufs qui pratiquent), tout qu’il est, oriente sa question, on le voit venir tout de suite. Quelle que soit votre réponse, l’animal a prévu sa parade à base de « super on va passer un bon moment » ou « Bin c’est pas grave, on va passer un bon moment ». De belles promesses, aux innocents les mains pleines.

« Bon bin moi j’ai la méga pêche! »
=> OKtamayre, ferme ta gueule et enchaîne, ça se voit déjà assez vu que tu bondis partout comme un macaque avec le sourire du Joker.

Ice breaker : là le mec tente un truc, généralement pas drôle, histoire de casser le mur du malaise social avec le public et de se faire (enfin) des copains.

« Hé y’a des gens dans la salle qui < truc de merde pas original> ? »

=> Généralement, le truc de merde pas original dont il parle c’est habiter dans la ville d’à côté, ou être d’origine landaise par exemple. Ou auvergnate, hein, j’ai rien contre les auvergnats, sauf quand ils sont nombreux. Bref, le but est que les mains se lèvent, que les personnes se sentent à l’aise et s’identifient à un groupe, tout en dynamisant leur énergie en participant à un questionnaire digne de la maternelle. De la merde en barre. Moi je demanderai plutôt si y’a des gens dans la salle qui se sont tapé la mère de quelqu’un, là on se bidonnerait grave. Surtout si ladite génitrice est dans la salle, ark ark ark.

Le pitch : généralement sous la forme d’une question formulée de manière rhétorique, le tocard essaie d’inclure le public via constat d’un élément ancré dans la réalité.

« Hé, je suis sûr que vous avez remarqué que … ?  » / « Moi ça m’embête beaucoup quand je vais… , pas vous? »

=> Belle tentative, on voit que t’as bien lu le livre « communiquer pour les nuls ». Sauf que là, le sujet c’est généralement la brosse à dent qui tombe par terre, et rarement le fait de se branler en cachette. Du coup c’est difficile de faire rire à partir d’une brosse à dents, à moins de l’introduire dans l’orbite d’un enfant, par exemple. Et de touiller très fort.

« Ma brosse à dent, je frotte horizontalement, verticalement mais bon, faudrait tourner et on n’a pas le bras fait pour ça. Imaginez si j’étais un Playmobil, ça serait encore pire! »

=> Le néant.

« Y’en a qui ont joué avec des playmobils durant leur enfance? « 

=> tentative pathétique de rassembler, 1 minute après le début du spectacle.

« Ah bin y’a que des vieux alors. »

=> Vieux ressort qu’est l’autodérision, en tentant d’inclure les gens sur un truc tout pourri.

« Halala!!! Vous êtes comme moi!!! »

=> Ta gueule. Tout le monde a déjà fait tomber sa brosse à dents, pas la peine d’en faire un lien social et de s’enthousiasmer. Giedré l’a très bien parodié dans sa chanson « On fait tous caca » d’ailleurs, et elle au moins elle est drôle. Et puis on a envie de la baiser, elle, pas comme toi qui ne ressemble à rien.

Ok, j’ai été un peu lourdingue pour démontrer que le standupiste use et abuse de moyens de communication merdiques afin de tenter d’interagir avec le public ; je m’adapte aux lecteurs de ce blogs qui sont aussi des tanches qui ne comprennent rien à rien, et puis ça leur sollicite les connexions neurales. Bref, les techniques sont peut-être nombreuses, mais elles sont toutes aussi pathétiques, surtout quand elles sont amenées avec l’adresse d’un gorille qui aurait des moufles.

Passons maintenant aux thématiques stériles généralement utilisées par ces connards… enfin, on va du moins passer à la pire d’entre elle, c’est l’humour communautaire. Que ce soit l’humour régional ou ethnique, c’est de la merde. En gros, c’est même plus se creuser la tête pour acquérir le public : on tape direct dans la private joke, qui ne prend que si le public… est déjà acquis. Attention, explication lourdingue numéro 2 incoming, mais bon, ça va passer passer comme papa dans un maman un jour de paye.

Imaginez la situation : vous êtes en réunion. Pendant que Bernard (qui a passé 3h à préparer ses slides powerpoint tous moches avec des images de chatons) vous détaille les capacités de progression de l’entreprise sur le secteur mondial des slips herniaires à grand renforts de graphiques mal détourés, Robert, votre collègue en face de vous, vous envoie un texto. Vous lisez le message : « Zzzzzz ». En levant les yeux, vous remarquez Robert qui, après vous avoir adressé un clin d’oeil, bascule la tête en arrière et fait mine de ronfler (discrètement). Vous pouffez de rire, et Robert aussi, team building+2 paire d’enculés. Arrivé  à la maison et revigoré par ce grand moment de lolade, vous racontez la blague à votre femme, en espérant que votre enthousiasme va lui faire écarter les cuisses en fin de soirée : « Haha chérie! Tout à l’heure en réunion y’avait Bernard qui nous faisait une présentation soporifique, tu sais comment il est Bernard… non oui Bernard, tu sais, le chauve qui pue de la gueule… non chérie, Fred c’est celui qui louche et qui est con comme un balais. Voilà, Bernard, oui, le chauve. Donc Bernard nous fait une présentation soporifique et… hihi! tiens-toi bien… hohoho! Bernard nous parlait de notre marché des slips en pleine expansion et .. hahaha! Robert m’envoie un texto AVEC DES Z§§§§§§§ MUHAHAHAHAHA ». C’est à cet instant précis que votre femme décide de divorcer car vous n’avez pas vu tous les signes avant coureurs, et qu’en plus vous avez fait de l’humour de bureau tout en riant à votre blague (double combo). Bin ouais ducon, tu crois quand même pas qu’elle allait ne serait-ce que sourire à une blague qui te fait marrer dans un contexte particulier parce que c’était décalé sur le moment. En plus, c’était vraiment une blague de mecs complices comme s’ils se suçaient la queue en soirée corporate. Et enfin, tu racontes comme un standupiste, à savoir mal et en riant à tes blagues en pensant que ça sera communicatif, alors que c’est pathétique, un peu comme ta carrière et ta vie de couple. Vie de couple qui vient de se terminer, dois-je te rappeler.

Note : il y a une double blague dans ce paragraphe. Robert mime le fait de dormir, en anglais c’est « sleep » et ça se prononce comme un slip, mais ça tu l’avais pas compris connard. Comme quoi c’est normal que ça soit Robert qui fasse l’homme et que t’aies jamais réussi à l’enculer.

Il est à présent temps de conclure cet article flamboyant et criant une vérité à qui ne saurait l’entendre. Il est de bon ton, pour le standupiste, de terminer son intervention par… du rien. Généralement, une histoire, un voyage, une aventure, un récit amènent toujours à une conclusion. Là, fuyant la créativité et cherchant à rompre brutalement le contact avec le public qui est loin d’être hilare, notre comédien va lâcher la phrase magique : « C’est tout pour moi! »et se barrer immédiatement. Au début, on peut penser que c’est pour laisser le public au paroxysme de son hilarité, mais il n’en est rien. Cette technique correspond à ce qui a été mis en place pour les inspecteurs du permis de conduire : éviter de se faire péter la gueule à l’annonce du résultat. Ainsi, le standupiste fuit littéralement la scène pour éviter de se retrouver face à 3 applaudissements mesurés et gênants, voire divers jets de bouteille et autres tentatives de sévices corporels bien mérités. Bref, de l’instinct de survie basique, et aucune confrontation à la réalité qui permettrait une prise de conscience et peut-être une amélioration.

Maintenant je vous laisse méditer pour que jamais, au grand jamais, un standupiste ne puisse officier nulle part. Il en va du respect des artistes et de l’humour. Et pourquoi nazi me direz-vous? J’en sais rien, c’était simplement pour faire du godwin facile, faut dire que je les trouves moins marrants que papa Schultz, c’est dire. Et le premier qui fait un parallèle entre la construction de mon texte et celui d’un mec qui fait du standup, j’appelle Morsay.

Chignolement Votre,

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