Conseils : Comment dire à un collègue qu’il pue la mort?

Yannick, c’est un mec sympa. Ça fait 3 ans qu’on bosse ensemble, et on se connait depuis longtemps, alors forcément, ça crée des liens. Par exemple de temps en temps, je fais un jeu de mot à la machine à café, et il rigole, et moi aussi je ris, et ça fait une bonne ambiance et on est contents. Et puis mon chef aussi il est content, pas du fait qu’on s’entende parce que ça il s’en bat les couilles mais parce que tant qu’on est productifs et qu’on se fatigue pas, on pourrait se détester tout autant.

Bon, il y’a quand même un problème, c’est que Yannick, le matin, quand il arrive, c’est chaud. C’est très chaud même. Cet enculé, fort d’avoir les dents soudées par le tartre, exhale une haleine fétide, mélangeant avec subtilité les arômes d’une bouche sèche et pâteuse, le tabac froid et le rhume bien glaireux. N’oublions pas la forte odeur de marc de café qui entraine généralement chez moi une violente réaction physique : je suis aux portes de la gerbe, sur la grande allée de la nausée.

Au début, c’était gérable. J’ai vite compris qu’il fallait que je gère la situation en faisant référence à ma bulle d’intimité, qui me permettait de maintenir la distance. Et puis aussi, généralement, j’évite de lui parler en face, ça évite de prendre dans la gueule un ballet fétide ; c’est aussi ça l’avantage de bosser de part et d’autre d’un bureau, avec les écrans qui nous séparent. Et dire qu’il a fait deux putains de gosses, sa femme doit avoir subit une amputation du groin.

Fort hélas, sa chère et tendre a dû partir en voyage ou sentir que le vent tournait (#lol), du coup je le trouve encore plus négligé qu’avant : Son cheveu poisseux est systématiquement en bataille, il arbore tous les jours de la semaine la même chemise au col marqué par la crasse, et une désagréable odeur de friture, de transpiration sèche et d’urine s’exhale de ses vêtements. ; Comme quoi bobonne devait mettre un peu le holà à son hygiène douteuse. Ah, et depuis que j’ai changé de sexe, je lui fais la bise, c’est mon côté féminin (même si je pique encore un peu) : autant vous dire que la situation est terriblement compliquée.


C’est exactement le genre de problème qu’on a tous rencontré : la vie et le temps font leur œuvre, et chacun évolue, amenant les relations acquises la veille à s’effondrer le lendemain. Du coup je profite de cet article pour partager ma grande expérience en termes de sociologie et d’aptitude à communiquer avec autrui.

Tout d’abord, vous seriez tenté de prendre sur vous, et de vous dire « ça va, c’est qu’une odeur ». Sauf que cela va venir immédiatement introduire un biais dans votre spontanéité, générer une perte d’énergie dans du self-control, pour finalement passer au stade du rejet et péter votre relation avec Yannick. Et comme ça va venir de vous, votre chef va vous chercher des poux dans les couilles, vous expliquer la vie, vous allez passer pour un(e) con(ne) en disant que ça fait des mois que ça dure, du coup votre boss va vous tarter en disant que vous manquez de couilles et que vous auriez du en parler. Bref, si les odeurs posent des problèmes, c’est de votre faute. Vous allez pleurer, partir en burnout, passer pour une tarlouze auprès de toute la boîte, et tout le monde va considérer ça comme normal  étant donné vous êtes celui qui a changé de sexe, encore un détraqué en somme. Ça va finir en licenciement aux prud’hommes, le débat va être porté sur la discrimination, on va avoir Twitter inondé de conneries et de messages de soutiens/haine divers. Pour finir, vous finirez par vous suicider, tandis que votre boîte coulera pour avoir été une organisation de fils de pute homophobes.

Toutes mes félicitations, et tout ça parce que vous n’avez pas pu dire à Yannick qu’il pue la merde, cet enculé.

Alors pour éviter ce désastre, je vais présenter quelques stratégies ici.

La première, c’est de ne pas aborder brutalement Yannick sur un pétage de plomb, à base de « non mais OUI CA VA OUI PAS LA PEINE DE ME PARLER DE SI PRES TU PUES DE LA GUEULE ENCULE§§§ ». Là y’a deux solutions pour sauver la face : dans l’ordre poser votre démission et lui éclater la gueule pour éliminer tout malaise social entre vous, ou alors vous répandre en excuses et repartir au scénario catastrophe numéro 1. Dans tous les cas vous perdez votre emploi, c’est pas lol.

La deuxième, c’est d’organiser une fronde en faisant remarquer aux collègues (voire en les convainquant) que ça les indispose eux aussi. Ils vont partir dans la spirale dont j’ai parlé plus haut, sauf que c’est un GROUPE qui va s’exprimer (sobriquets dans son dos, rires, vannes, montages photos, insultes…) : Yannick sera rejeté sans comprendre pourquoi, et il terminera à la porte vu qu’il ne peut plus bosser en équipe (et puis le boss, c’est un collabo, il préférera se ranger à l’avis du groupe et pas d’un connard qui refoule du goulot). « Deal with it son of a bitch », et va dormir sous les ponts, t’as déjà l’hygiène qui va bien pour ça, sale crasseux minable.

La troisième technique, c’est le harcèlement moral. Ne jamais lui dire explicitement qu’il pue, mais faire de subtiles allusions, toujours en présence d’autres personnes de manière à susciter leur hilarité (et comme ça, il rit avec tout le monde, sans vraiment comprendre, un peu comme toutes les tanches qui tentent maladroitement de s’intégrer sans vraiment y arriver), ou glisser quelques objets sur son bureau (du genre Fisherman’s Friend) et autres petits cadeaux hygiéniques. Au bout d’un moment, soit il va comprendre, soit il va se braquer en se voyant tel qu’il est : un parasite répugnant qui n’a qu’une solution, à savoir le suicide. Trop cool! vous pourrez ensuite vous répandre sur votre tristesse et en branler moins au taff, c’est toujours ça de pris.

La quatrième technique, enfin est plus subtile et va dans le sens de la société. Le but est de faire comprendre à notre ami qu’un poste dans la fonction publique serait des plus gratifiants pour lui, dans la mesure où on valoriserait ses compétences tout en lui offrant la sécurité de l’emploi et l’assurance de travailler au service des autres. L’humanisme, en somme. Après un lobbying de quelques semaines, invitez-le à passer le concours, et avec un peu de chance, votre boule puante terminera à se tirer sur la nouille, au milieu des autres cheminots qui n’hésiteront pas à lui péter la gueule parce qu’ils pue comme s’il avait bossé toute la journée. Bin ouais, imaginez si le patron l’apprenait, il pourrait exiger la même chose d’eux !!!! Et il est à parier qu’un joli fait divers paraîtra dans le canard du coin sur un homme découpé par un train. Gros moment de lol quand vous raconterez ça à vos potes en soirée transgenre.

Enfin, si vous ne vous sentez (lol) pas de gérer la situation, allez en parler à votre boss. C’est vrai, c’est à lui de gérer la merde, parce qu’à part reprocher aux autres ce qu’il devrait faire, il en branle pas une ce pédébile, à part lécher le cul du grand patron et vous demander de travailler sur des trucs inutiles et déjà caduques. Vous le mettrez face à ses responsabilités, et s’il ne se bouge pas le cul, vous pourrez toujours le balancer à la RH quand la situation lui pètera à la gueule et que vous aurez détartré les dents de Yannick à coups de poing; nul doute que les quelques mots glissés sur le harcèlement sexuel depuis votre opération pencheront en votre faveur. Et en plus, il passera pour un infidèle (et déviant) auprès de sa femme, qui le quittera sans doute.

N’oubliez pas : le combo minorité/souffrance n’est pas un point faible, mais un atout. Et puis ça fait chier les cons.

Chignolement votre,

 

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