Un repas de Noël en famille

Cette année, j’ai fêté mes 10 ans. Ah, la pré-adolescence! Ne pas aimer se laver tout en amidonnant les draps à force de masturbation plus nombreuses que nécessaires. A croire que la branlette a été sponsorisée par Soupline et Calgon ; c’est vraiment le mal de la planète cette affaire, on bouffe tellement d’eau à laver les cartes d’Australie dessinées sur nos draps par des artistes trop précoces que l’Afrique n’a plus de quoi étancher sa soif. Contrairement aux actrices porno qui elles, ont à boire et à manger!

J’ai l’impression que je m’égare avec cette  notion de satiété, aussi on va rentrer dans le vif du sujet, et pas avec nos bites, gardons un peu de sérieux je vous prie.

Nous sommes le 25 décembre, et c’est le putain d’enfer. Je suis debout à 6h13 alors que d’habitude, c’est papa qui vient me lever pour partir au collège tellement j’en chie pour décoller mes yeux englués de crotte d’oeil. Après avoir scrupuleusement respecté la consigne du « reste dans ton lit jusqu’à 7h » (ouais, c’est des laxistes mes parents), je m’élance pour jeter un œil au sapin, toujours en pyjama Son Goku. Vache, y’en a des cadeaux, c’est cool! Moi qui pensait que le fait d’avoir chié dans l’évier pour rigoler avec Marcin, mon pote de toujours, aurait été un acte qui m’aurait valu d’être catalogué « enfant pas sage », je me dit que finalement j’ai de la marge. L’année prochaine, on essaiera de se faire sucer la bite (comme dans les revues « empruntées » à mon paternel pour ensuite les ranger discrètement, les pages à moitié collées) par la petite Emilie dans le garage du voisin, histoire de voir à quel degré on est catalogué « enfant pas sage ». Surtout si on la force, c’est ça qui est drôle.

Je saute sur le lit de mes vieux, histoire de leur faire comprendre, à grands renforts de cris, que c’est le jour des « CADEAUX DES CADEAUX », et que même si ça me fait chier de devoir ensuite les remercier d’avoir passé le mot au Père Noël en leur faisant la bise parce qu’ils puent de la gueule le matin, je suis trop excité pour attendre. A peine arrivé sous le sapin, j’ouvre les cadeaux et là j’explose de joie. J’ai tout ce que je voulais, du coup je sais plus où donner de la tête, donc forcément, au fond de moi, je sais que je vais me concentrer sur un ou deux jouets et puis le reste sera inutilisé. En même temps c’est cool, ça fait du taff aux petits chinois et si mes vieux ont dépensé de l’argent, c’est qu’ils ont les moyens de créer ces emplois, donc tout le monde est content, non?

Bon, c’est pas tout ça mais c’est l’heure de déjeuner et devant les dessins animés s’il vous plait. OK, c’est de la merde, y’a tous les trucs de Noël à la con, avec leurs histoires niaises. De mes souvenirs les plus lointains, j’ai jamais pu blairer ces récits cucul la praline, et pourtant je suis un putain de gosse. Bordel, mais lâchez-nous du Dragon Ball Z ou du Ken le Survivant qui tabasse du renne bordel de dieu, on s’en bat les couilles de vos histoires dessinées par des mongoliens à peine âgés de 8 ans vu la qualité des traits. Après avoir bouffé de la brioche, je vais me laver le cul, hier j’avais match de foot et j’ai pris une douche de 3 secondes et demi pour enlever la boue, mais la crasse et les cheveux gras sont toujours là (sans compter les traces de mes branlettes nocturnes, on croirait que j’ai pris un coup de soleil sur le bide tellement ça pèle). Faut dire qu’à mon âge, on contracte une allergie à l’eau, du coup je pue un peu de la bite mais bon, ça m’excite les odeurs fortes, du coup je je me branle sous la douche et j’utilise toute la flotte du ballon d’eau chaude, ce qui fait râler ma grande sœur, cette pute. Au moins elle passera moins de temps pour choisir sa tenue aujourd’hui, vu qu’on doit être chez Mamie Zinzin à 10h30.

Ah ouais, je vous ai pas dit mais généralement le jour de Noël, c’est bien jusqu’à 10h, parce qu’on est à la maison. Et après on part en famille, donc on va chercher la mère de mon père (« Mamie Zinzin », parce qu’elle commence à être sénile et qu’en plus elle sent la pisse) chez elle, dans son appartement où elle vit seule. Et on le comprend, parce que même si c’est un 4 chambres, ça pue tellement le vieux que personne ne pourrait survivre dans un environnement aussi hostile. On arrive chez elle, elle est toute contente et est déjà prête, son foulard en plastique sur la tête parce qu’il pleut et qu’elle ne veut pas mouiller ses cheveux laqués. Elle empeste l’eau de Cologne parce que c’est jour de fête, putain de merde je rechigne à lui taper la bise mais bon, hein, elle a sans doute des cadeaux du Père Noël donc faut que je me tienne à carreau. Par contre après avoir tout reçu, je fais plus d’effort, faut pas déconner non plus, je suis déjà bien sympa d’accepter de venir la voir. Enfin, j’ai pas trop le choix, vu que c’est mes parents qui décident, ces nazis.

On arrive au pied du sapin en plastique qui est là depuis des années (faut faire des économies, mais putain ces vieux qui ont vécu la guerre, c’est la plaie sérieux) et là 3 petits cadeaux de merde. Enculé, et dire que c’est nous qui payons leur retraite, enfin mes parents du moins. J’ouvre mon paquet, une espèce de paire de chaussons tricotés, mais lol (putain, ce mot se disait pas à l’époque). Le Père Noël a du avoir vent de mes intentions, du coup il a délégué les cadeaux à Mamie. Je gueule : « heu, il s’est gourré le Père Noël, j’avais demandé une Tortue Ninja ». En silence, mon père me choppe par le col et m’intime de fermer ma petite gueule d’enfant gâté sinon ça va mal se passer pour moi. Je m’en branle, j’ai déjà reçu mes cadeaux mais bon, je file droit, on ne sait jamais, on pourrait me confisquer mon dernier gun Nerf.

Direction Papy Facho et Mamie Tromblon. Bon alors qu’on se mette d’accord hein, je les appelle pas comme ça, non. Ça, ça sera dans 5 ans, quand j’aurais compris que mon grand-père est un enculé de raciste à base de « tous ces noirs sur la pelouse en train de courir, ça doit sentir mauvais! » devant un match de foot et ma grand-mère qui est une vraie serpillère à répéter ce que me dit Papy ; en attendant, vu qu’ils achètent ma loyauté à base de cadeaux et d’argent, je les aime bien. Surtout Papy avec sa grosse voix et son accent Charentais. Ma sœur, elle, s’en tape, car même si elle est en âge de comprendre, elle est comme toutes les filles de son âge : vénale et intéressée, avec une pointe de collaboration. C’est pas pour rien que cette traînée a déjà pompé tous les mecs du quartier mais chut, mon père n’est pas au courant. Le rapport avec ce que je suis en train de raconter? aucun, mais faut dire qu’elle me gonfle en ce moment donc bon, je peux tirer à vue, et puis c’est moi qui tape au clavier donc je dis quoi que j’veux d’abord.

On arrive chez eux, putain c’est la fête, y’a déjà les cousins, les arrières grands-parents, le calvaire commence. Faut taper la bise à tout le monde, les mecs comme les meufs. Horrible. Ça a déjà attaqué l’apéral, mon oncle m’ébouriffe les cheveux d’un geste affectueux, je suis à deux doigts d’exploser tellement je déteste qu’on fasse ça, du coup je ferme ma gueule, parce que personne comprendrait ma réaction. Et puis j’ai 10 ans, hein, donc j’ai pas de couilles. Ça rigole, tout le monde s’exprime par des interjections en se revoyant « ooooh, ahhhh mais tuuu […]!!!!! ». Complétez par la fin de phrase que vous voulez, généralement ça tourne autour du changement physique. Arrière-Mémé me dit que j’ai grandi et me demande si j’ai 18 ans, je lui réponds que non et je me retiens de lui dire qu’elle a du vachement les dépasser, vu comment elle a du poil au menton cette pute. Arrière-Pépé doit plus dormir à côté, c’est pas possible, comment on peut grimper sur ce genre de vieille carne qui pète sans s’en apercevoir!

Allez, c’est l’heure de la bouffe, faut dire qu’il est 13h30 et que l’apéro a déjà duré depuis midi. Le calvaire va commencer, d’autant qu’on a ouvert les cadeaux et que j’ai été gâté par nos hôtes (vu le pognon qu’ils ont planqué dans les murs depuis 1940, ça m’étonne pas, comme quoi la vente de juif ça a bien rapporté). J’ai reçu un deuxième gun Nerf, du coup c’est cool, on va pouvoir aller jouer dans le jardin, même si je me méfie des cousins, ils sont beaucoup plus vieux et n’hésitent pas à me taquiner. On attaque l’entrée, c’est pas mal, et puis là vient le PUTAIN DE RITUEL de ma grand-mère qui tape même pas les 65 ans et qui chaque année demande à ma sœur :  » ah! Mais t’aime pas les huîtres! Ah! tu veux une crépinette? » Oui oui, avec ces putain d’interjections, cette putain de voix qui part vers les aigus et cette putain de mémoire qui lui fait défaut. Et là, je suis solidaire avec ma sœur, tellement elle nous saoule avec sa putain de phrase, cette putain de vieille pute.

Note : comptez le nombre de « putain » que j’ai mis dans la phrase. Chose amusante, c’est pile le nombre de professionnelle du sexe dans ma famille.

Et allez, c’est parti pour le repas païen, mais attention hein, toujours des références religieuses que personne n’a bité mais qu’on te rebalance à la gueule toutes les 3 secondes : « le petit Jésus », la dinde de Noël, les rois mage. Heureusement, Papy a toujours le mot pour rire avec sa grosse voix « passe moi le plateau des rois mage… des fromages hahaHAHAHAHA§§§§ », et j’éclate de rire. Bin ouais, j’ai 10 ans je vous rappelle, donc baisez les chattes à vos mères, fils de pute.

Mamie Zinzin discute avec personne à table, sauf avec Arrière-Mémé qui est encore plus à la masse qu’elle. Bordel, je veux mourir jeune, parce qu’est-ce qu’on se fait chier quand on est vieux. Je résume les conversations à table : « Vous me passez le sel, ma chère? […] Ces huîtres sont délicieuses! […] Vous êtes bien installée? […] Je me régale. » Et tout ça en boucle pendant 4 heures, et je suis à côté, donc je souffre. Abattez-les, mais sérieux, c’est horrible. Ça se voit qu’elles ne sont pas allées à l’école ces deux-là, parce que niveau conversation c’est pas du haut niveau. Avant de faire une dépression nerveuse, je quitte la table après avoir demandé poliment à mon père, du coup tout le monde se répand en éloges sur mon éducation, et ça part direct sur le sujet politique concernant la réforme des écoles. Super, je peux vraiment me barrer sur le coup, et la transition a été plus rapide que prévue, même si ce passage sous les projecteurs de la tablée entière m’a mis mal à l’aise.

On va jouer dans le jardin avec les cousins, et là ces connards se mettent à deux pour me faire chier. L’un d’eux prend mon flingue Nerf et commence à me tirer dans la gueule, alors que c’est interdit sur la notice donc faut pas le faire. Ça fait marrer l’autre, qui prend le Nerf et tire, mais vu qu’il est à moitié handicapé il fout une fléchette toute neuve sur le toit. J’ai les larmes aux yeux, mais du coup il va la chercher et on recommence à jouer en visant des cibles plus soft, à savoir les poussins dans le poulailler, et là c’est plus marrant. Après avoir éclaté un ou deux œufs contre la grange, on court comme des fous autour de celle-ci et on découvre, horrifiés, Mamie Zinzin les bas aux chevilles en train d’expulser un jeyser de matière fécale, au détour d’un buisson d’herbes folles. Image épique qui me coupera mes envies de me masturber pour environ 40 minutes, tandis qu’un de mes cousins ira directement vomir.

Retour à table pour le dessert, même si je suis moyennement motivé étant donné que le chapon était trop cuit dans le four (faut dire qu’il date de Mathusalem), et que les pommes dauphine étaient des saloperies surgelées. Vient la buche (achetée hein, faut pas non plus se casser trop les couilles à faire des trucs bons) et les cafés pour les adultes. On va regarder des téléfilms de merde tout en piochant dans le bocal à bonbons avec la sœur et les cousins, et on se fait chier vu qu’on a autant de conversation que les adultes. Sauf que eux ont des cerveaux formés, ces cons-là.

17h30, il est temps de rentrer (avant, faut taper la bise et dire merci à tout le monde, même ceux qui n’ont pas fait de cadeau, l’enfer), on en a pour une heure de route, plus déposer Mamie Zinzin, bref, on est pas avant 20h à la maison. Et comble de Noël, j’aurais pas pu jouer avec mes cadeaux reçu ce matin, vu qu’il faudra aller au lit après une soupe Knorr qui fait péter, parce que ho, on a trop mangé aujourd’hui.

En fait Noël, c’est vraiment de la merde, même quand t’es gamin. Cette expérience m’amène une réflexion : ces pédés de mormons qui viennent t’expliquer que le consumérisme, tout ça, t’en as pas besoin, feraient mieux de bien fermer leur gueule et se rendre compte que la plaie de Noël, c’est pas vraiment les cadeaux, mais plutôt la famille.

Chignolement votre,

 

 

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