Conseils : comment gérer des aléas gastriques en société

A 12h13, juste avant de partir vous taper la cloche chez « Chico » avec le service commercial, votre téléphone vibre et entonne les premières mesures de « Rire les oiseaux », de la Compagnie Créole. C’est Émilie, votre charmante compagne, qui cherche à vous joindre. Vous décrochez, et là votre belle, de sa voix sucrée, vous rappelle que ce soir vous avez été invités chez une collègue à elle, Samantha. Purée de couille con bite, vous aviez oublié, fort heureusement vous réussissez à masquer ce léger trouble de la mémoire en en faisant des caisses sur votre enthousiasme à l’idée de rencontrer cette fameuse collègue dont elle vous parle depuis des lustres. En raccrochant, vous vous dites que votre subconscient est quand même un ptit bâtard et qu’il vous a fait omettre cette soirée, tellement ça vous casse les couilles de rencontrer l’autre tâche, qui a l’air d’être une bigote fan de marche nordique (à 28 ans, ça fait un peu bizarre mais bon). Vous oubliez bien vite ce petit désagrément qui met au placard votre soirée « série américaine/petite pipe sur le canapé » et foncez chez « Chico ».

14h30, vous reprenez le boulot, et là quelques sudations vous font comprendre que la pizza Chili con carne avec sauce aux échalotes et le vin mexicain ont un peu de mal à passer. 16h47, vous décidez de débaucher et de rentrer fissa à la maison, en passant par chez le fleuriste pour récupérer un bouquet pour l’autre pute. Dans la voiture, votre ventre commence à gargouiller, et des aiguilles semblent, à intervalle régulier, vous perforer le colon. Afin de soulager vos intestins endoloris, vous lâchez quelques pets aussi bruyants qu’odoriférants dans votre BMW série 3. Les vitres soigneusement fermées, vous humez ces senteurs aussi infectes pour les autres que rassurantes pour vous, étant donné que ça fait des années que vous reniflez avec satisfaction vos propres pets. Cette pratique vous arrache toujours un petit rire, notamment quand le dernier sketch d’Anne Roumanoff passe sur Rire&Chansons et que vous synchronisez vos louises avec les applaudissements du public. Vous êtes décidément impayable.

Malgré les fragrances du généreux bouquet de fleur, votre intérieur cuir semble imbibé de ce fumet méphitique, et les vigoureuses pétarades qui sortent de votre séant ne sont pas là pour arranger l’affaire. Attention mon cher, un excès de confiance et ce serait le dérapage, avec sans doute des traces de gomme à la clé. Arrivé à la maison, vous descendez prestement de la voiture et foncez en direction des toilettes, à peine vos clés posées. Pas de chance : Émilie est en train de couler un bronze (la musique sortant de son portable est là pour en témoigner), et vu qu’elle vous bondit directement dessus en sortant des chiottes, vous allez avoir du mal à démouler votre cake. Serrant les fesses, vous prétextez une quelconque fatigue et un mal de tête lambda afin d’éviter de rester enlacés trop longtemps, sachant que vous lisez dans ses yeux qu’une partie de baise bien sauvage semble être au programme : comme quoi cette excuse typiquement féminine fonctionne, Émilie desserre son étreinte et va se laver les mains. Ouf! Au moins vous éviterez l’humiliation de lui lâcher une caisse au visage pendant qu’elle vous parle dans le micro, comme l’excellent Jean-Marie Bigard l’a si bien narré dans un sketch épique.

« Au fait, Samantha m’a annoncé qu’on pouvait arriver plus tôt histoire de prendre l’apéro pas trop tard. Tu as le bouquet de fleurs dans ta voiture? «  C’est à cette phrase qu’on sait qui porte la culotte du couple, d’autant que vous êtes les couilles à l’air dans la chambre, en train d’enfiler un pantalon de soirée, juste avant d’aller vous soulager. Cette phrase vous glace immédiatement, et vous balbutiez quelques mots sur le bordel dans votre voiture qui serait consommateur en temps pour pouvoir la ranger et la prendre. « Ne t’inquiète pas, je vais cherchez le bouquet et on se retrouve dans ta voiture. » Vous vous rendez-compte  que votre copine a déjà pris les clés et qu’elle se dirige à présent vers votre intérieur cuir, sévèrement souillé par vos vesses méphitiques. Vous tapez un sprint jusqu’à la voiture, lui volez les clés et, feignant de vouloir jouer, vous récupérez le bouquet et rentrez directement dans la maison, en mode course-poursuite Benny Hill, mais avec des petits chapelets de prouts en plus. Après vous être enfermé dans les toilettes avec le bouquet, vous profitez de cet instant pour vider tout l’air contenu dans vos entrailles. Un flot boueux vient s’intercaler de temps en temps dans cette vidange, mais sans vous libérer totalement de ce repas de midi, décidément aussi tenace et désordonné qu’une armée Mexicaine. Il va falloir jouer finaud, parce que là c’est mal parti.

Vous rejoignez votre compagne, amusée par votre attitude badine. Elle vous colle un grosse main au paquet bien brutale, vous vous dégagez du geste en prétextant que faire attendre son hôte, ça n’est pas correct. Alors qu’Émilie conduit, vous réprimez les gargouillis de votre ventre, en tentant de sauver la face à base de « heureusement qu’on y va tôt car j’ai faim ».  Vous parlez fort, vous vous tortillez, vous battez la mesure en mettant la radio à fond et, chantant à plein poumon, vous essayez de conserver ce maudit sphincter bien serré.

Il était temps de sortir de la voiture, la bouffée d’air frais et le fait d’évoluer dans des volumes d’airs plus important vous permettez de vous soulager en refaisant votre lacet, tout en restant un peu en arrière. Samantha et Jean-Daniel vous reçoivent avec un grand sourire, et vous empoignez la main molle de ce pédé de notable dont Samantha semble se vanter depuis le début. Vous passez dans le salon non sans avoir fait la bise à Samantha et offert les fleurs, comme ça vous faites une première bonne impression.

Une fois sur le canapé, les deux filles se mettent à jacasser sur le boulot, et vous êtes à présent complètement oublié jusqu’au moment où on vous demandera ce que vous faites dans la vie comme travail, seul critère valable chez les connards d’aujourd’hui pour arriver à briser les barrières sociales alors que putain, il y a autre chose à aborder comme sujet que le fait de se branler les couilles dans des bureaux tous les jours. JD est aussi insipide que pédant, et vous sort des phrases qui vous donnent encore plus envie de chier. Le problème, c’est que cette affaire devient une idée fixe, la taupe tape au guichet, et de manière tellement sauvage que vous ne pouvez réprimer les spasmes de douleur qui vous font tortiller sur ce fauteuil Laroche-Bobois. Votre attitude va attirer l’attention de tous, et demander où sont les toilettes à peine arrivé serait déplacé, selon l’étiquette de ces connards de bobos de droite du centre ville.

Vous décidez donc, d’un grand sourire, de vous déplacer dans le salon et d’admirer la décoration, alors qu’en fait vous vous en branlez complètement. Las, Jean-Daniel est collé à vos basques, et la taille du salon vous interdit complètement de laisser s’échapper le moindre filet d’air d’entre vos fesses.

Samantha, en bonne maîtresse de maison, vous plonge à nouveau en enfer en vous proposant de passer à table. A peine attablé, vous vous rendez compte que si vous attendez le dessert, vous allez vous chier dessus, et devant tout le monde. Ça serait dommage, non? Surtout devant des culs coincés comme ça.


 

C’est exactement ce genre de problème qu’on a tous vécu : avoir une folle envie d’aller à la selle, et ne pas trouver d’issue de part le contexte social qui ne s’y prête pas. Voici donc quelques conseils pour y remédier.

Conseil numéro 1 : Anticiper

Votre alimentation est primordiale, et vous avez grave déconné en partant au restau comme ça, à bouffer n’imp alors que le timing était serré pour le soir. Il aurait fallu démouler avant de partir chez Samantha, quitte à retourner au boulot. Bin oui ducon, c’était aussi simple que ça.

D’autre part, plus longue est l’attente, pire va être la déflagration au bout du chemin. Vous vous souvenez d’AZF ? Gardez cette image en tête, surtout celle des victimes, et imaginez la gueule de votre copine et du couple quand le problème va éclater au grand jour. Ils sont peut-être prout-prout, malheureusement un peu trop pour tolérer les vôtres.

Conseil numéro 2 : Éviter les toilettes chez les gens

Imaginons la suite de l’histoire : vous vous rendez aux toilettes et malheureusement, trois problèmes se présentent.

  • Le premier, c’est que les chiottes soient proches du salon, vous exposant ainsi à dévoiler votre situation. Ça serait dommage de faire un remake du  » Bruit et l’Odeur », vous ne trouvez pas?
  • Le deuxième, c’est de vider la réserve de PQ sans s’en rendre compte, et se retrouver à se ronger les ongles (et oui, le standing de Jean-Daniel impose une tenue impeccable de l’appartement ; voir des montagnes de rouleaux roses dans les cabinets n’est pas compatible avec cette vision élitiste de son intérieur). Solution de sortie : utiliser vos chaussettes pour se torcher le cul.
  • Le troisième, c’est de boucher les gogues. Et là mon pote, quand Jean-Daniel et Samantha vont venir gratter à la porte parce que ça fait 5 fois que tu tires la chasse et que ta boue merdeuse est à présent en train de migrer au milieu du salon, je doute que t’auras l’assurance nécessaire pour sortir la tête de cette situation.

Dans le pire des cas, votre copine vous tiendra fortement rigueur d’avoir saboté cette relation professionnelle pour ne pas avoir géré ses sphincters comme devrait savoir le faire un homme depuis ses 7 ans. Sans compter que Samantha se fera un plaisir de narrer via radio-moquette cette petite histoire, et nul doute que votre copine deviendra un paria au sein de la boîte, avec l’étiquette de la meuf qui se fait sauter par un commercial raté pourrissant les chiottes des gens.

Conseil numéro 3 : avoir des couilles

Ce conseil est le conseil ultime, mais il ne doit s’appliquer qu’à des personnes qui ont une personnalité, et pas des fils de pute qui cherchent à se façonner l’esprit en faisant des copier-coller de citations célèbres sur internet pour se donner un air savant. Si ce n’est pas le cas, autant vous chier directement dessus en vous confondant en excuses, il y aura moins de retombées que ce que je m’apprête à vous dévoiler.

Cette technique, vieille comme le monde s’appelle le « droit-dans-ses-bottes », à ne pas confondre avec la « grande-gueule », qui peut très facilement passer pour un sacré connard. Le « droit-dans-ses-bottes », au final, s’en sortira grandi et sans avoir à agresser l’autre, ce qui n’est pas le cas de la « grande-gueule » qui s’en sort le cul propre parce qu’il s’en bat les couilles des autres, mais en fait tout le monde le considère comme un parfait connard. Attention, le moindre faux pas, et c’est le drame.

Vous êtes donc à table en compagnie de Samantha, Jean-Daniel et Émilie. Une bulle d’air arrive violemment et vous ne pouvez la contenir. Il est temps d’agir : « Samantha, y’avait-il du safran dans tes petits fours? J’avoue que je me sens très mal… ». Feignez une grande fatigue en tentant de vous lever puis en se rasseyant brutalement, tout en poussant un gémissement. Allons mon cher, il est temps de vous rappeler de vos cours de théâtre au collègue, crispez-moi un peu ce visage et porter votre main à l’estomac, tout en gémissant un peu. Puis tentez de vous relever, et laissez-vous tomber sur le sol tout en étant crispé. Attendez que Samantha, affolée confirme les ingrédients de ses petites merdes surgelées (la salope, elle ne les a même pas préparée elle-même, c’est toujours ça de pris comme information), puis demandez les toilettes, avec un peu de détresse dans votre voix, en faisant mine de ne pas prêter attention à sa réponse.

Voilà, à partir de cet instant, vous avez repris le contrôle sur le groupe : l’empathie de chacun face à votre douleur (magistralement feinte, Michel Galabru serait fier de vous) prend le pas sur le respect des codes et autres coutumes sophistiquées de bourgeois à la con ; le cerveau reptilien se met en marche, et la meute se regroupe autour d’un individu blessé qui ne peut s’en sortir qu’avec son aide. Pire : de par vos questions, ils se retrouvent responsables de votre état et se doivent d’agir afin de vous sauver, pour ne pas se retrouver dans une situation morale encore pire.

Vous pouvez donc tranquillement vous caler sur la lunette, et envoyer un concert pétaradant comme vous n’avez jamais osé : quand même, poussez quelques gémissements de temps en temps, en mentionnant le safran… et remettez la sauce!!! N’hésitez pas à déborder un peu et saccager les chiottes en crépissant le bord de la lunette, histoire de marquer votre territoire et de leur faire subir ce calvaire qu’ils vous ont imposé en vous obligeant à vous retenir. Ça leur fera la bite à ces enculés, et puis merde, vous vouliez pas vraiment venir.

Au sortir des cagouinces, ne soyez pas trop agressif mais explicitez votre pensée quand à la qualité alimentaire qui vous a été servie, et prétextez un épuisement complet pour couper court à la soirée.

Nul doute qu’Émilie profitera de cette avantage pour prendre ses distances avec Samantha, et n’hésitera pas à vanter ses soit-disant mérites culinaires. Il y a fort à parier que votre compagne sera nettement plus tendre avec vous, et peut-être que vous pourrez tenter de passer par le « chemin alternatif », suite à cet épreuve, si vous voyez ce que je veux le dire. Avec un peu de chance, d’ici quelques mois, son poste sera vacant et votre sœur pourra même postuler.

Grâce à « Chico », vous êtes un héros.

PS : un grand Merci à Monsieur Manatane aka Benoît Poelvoorde pour l’inspiration… et un peu des solutions. Et ouais les mecs, j’invente pas tout, je suis un sale copieur, une fouine, une merde, une raclure de bidet qui ne sait que paraphraser les vrais grands esprits. Mais je vous encule parce que je fais ce que je veux, et puis moi contrairement à Arthur ou Gad Elmaleh (les cheminots de la drôlerie), je ne fais pas croire à tout le monde que je suis génial alors que j’ai pompé des idées ailleurs. Nananère.

Chignolement votre,

 

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