La procrastination

J’étais tranquillement en train de stalker ma voisine sur internet en cherchant des photos d’elle à poil, la main dans le caleçon, quand Roland est venu à mon bureau me déranger pendant ma pose traditionnelle de 14 à 17h. Roland, c’est le mec qui vient à ton bureau te casser les couilles quand tu voudrais être tranquille, et qui te tient la jambe pendant 1/2h à t’expliquer comment épiler les poils de cul, mais façon détail maximum dont t’as rien à branler. Au bout de 5 minutes, en l’écoutant poliment parler (c’est à dire un écouteur dans l’oreille, musique à balle, yeux rivés sur l’écran et lâchant des « mmmm mmmm » à intervalle régulier), je l’interromps en lui disant que je suis très pressé et que je n’ai pas le temps d’écouter « les étrons auditifs qui sortent de sa bouche de lèche-cul ». Roland m’annonce qu’il va falloir travailler samedi parce que le client n’est pas content et qu’on est à la bourre dans nos livraisons de paquets de chips : il va falloir faire de l’emballage.

Putain, hé, ho, on est vendredi, mec! Et ça va me baiser mon week-end en plus, j’avais prévu de rien foutre! Du coup j’ai sorti un vieux mytho pour dire que de toutes façons, j’avais une réservation pour le week-end au Maroc et que je ne pouvais pas me permettre de perdre de la thune. Là, Roland tente de m’amadouer en me proposant un remboursement et une contre-partie financière ; je rajoute que ma belle-mère est morte, et que c’est pour ça qu’on y va. Et bin tu me crois tu m’crois pas, mais il y a cru ce con, du coup j’ai pu me barrer tranquillou pendant que les collègues bossaient comme des connards, hin hin hin. Comme quoi de temps en temps, les arabes c’est bien pratique, alors fermez bien vos gueules les racistes et niquez vos sales mères trop blondes pour être naturelles.

Et puis franchement, qui va se casser le cul pour qu’un client ait ses paquets de chips à un jour près? Tout le monde s’en branle, et moi le premier. Mon temps est trop précieux pour que je m’emmerde avec ces affaires. Tiens, ça me fait penser : l’autre jour, ma femme me demande de tondre le jardin. Par SMS, alors que j’étais en train de taffer.

Quelle pute, elle m’a gâché mon après-midi.

Du coup je me suis dit : « bon, je ne lui réponds pas, ça me laisse la latitude de m’organiser ». Et je pense le faire en sortant du boulot un peu plus tôt du coup, prétextant un rendez-vous urgent chez le pédiatre (on n’a pas de gosses, lol). Arrivé à la maison à 15h30, beau soleil, tout ça, mais putain j’ai pas envie en fait, il fait trop beau pour ne pas profiter de ce moment. Pas grave, je ferai ça ce week-end ; je vais me caler un petit Ricard à la santé du colonel en attendant que bobonne déboule et que je lui fasse une petite comédie à base de j’en ai trop chié au boulot. Je fais une petite tirade bien épique sur l’histoire de son message, en lui disant que je vais m’en occuper, mais que là je suis sorti tard du maille et que tondre le soir, c’est un peu too much.

Samedi matin, je me réveille à l’aube (10h30, je suis rigolo hein), et je me dis que je ne vais pas me violenter au réveil, sinon j’aurai du mal à récupérer du boulot de la semaine. Du coup je prends un gros ptit dej’, le barbeuc à midi… ah merde, la pluie se met à tomber. Bon t’as vu Chérie, c’est pas ma faute, il se met à flotter, la prochaine fois je regarderai mieux la vidéo blablabla. Je l’enfume et en suivant je la fume, gnéhéhé dans ta chatte. Dimanche : ah bin merde, on n’a pas le droit de tondre ; ça sera pour le week-end prochain. Ce qui est ballot, car je sais déjà qu’on part chez des amis en Vendée, donc ça repousse encore : finalement, l’été sera là et vu les restrictions d’eau, tout va cramer vite fait avec ce putain de soleil, donc je n’aurais finalement rien à faire.


Voilà messieurs-dames, un bel exemple de ce qu’on appelle dans des termes savant la procrastination. Oui, c’est toujours bien de mettre des mots savants pour intellectualiser des concepts, et puis c’est pratique car ça permet de mieux les assumer en société. Tu rends plus sophistiqué le concept, du coup tu le dépersonnalises et ce n’est plus vraiment ton problème, étant donné que tu le subis plus que tu n’as de prise sur lui.

Magique.

Alors au-delà du thème sur l’intellectualisation de tous les maux qui peuvent toucher l’être humain pour lui excuser tout et n’importe quoi, y compris le viol d’enfant mort à l’aide d’un objet plastifié parce que « ah ouais, mais j’étais pas moi-même à ce moment-là, défense schizophrénie frère tu peux pas test sisi on s’encule? », je voudrais revenir sur cette notion de procrastination, qui consiste à ne jamais faire les choses et les remettre au lendemain.

Au premier abord, on qualifierait les procrastinateurs de feignasses, de traîne-savates et autres noms d’oiseau plutôt péjoratifs : de bons jugements de fils de pute qui pensent bien faire et qui sont formulés par les vrais cons.

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Gaston Lagaffe est-il vraiment con et mou du ciboulot? Vous avez 3 secondes.

Reprenons cet exemple de la pelouse non tondue en se posant les questions suivantes qui, de manière rhétorique, vont répondre d’elle-même à leur interrogation : était-ce vraiment urgent? Était-ce vraiment nécessaire de faire cette tonte en temps et en heure? Avait-ton besoin de consommer 5 litres d’essence (et autant de fatigue accumulée) pour tondre de l’herbe qui, un mois plus tard, allait être brûlée par le soleil et éparpillée par le vent?

Les petits jardiniers en herbe me répondront tout un tas d’excuses savantes pour justifier leurs gesticulations et leur effort inutile, comme quoi la tonte est bonne pour la pousse du gazon : je leur coupe immédiatement l’herbe sous le pied et les envoie un mois plus tard gratter la terre sèche pour se la caler là où je pense. Ah, et au passage vous n’avez rien compris, donc je vais vous expliquer.

Premier élément : le feignant n’est pas si feignant que ça : il sait s’économiser pour effectuer les tâches réellement indispensables, et le fait de les décaler dans le temps permet de vérifier leur importance. Supposons que vous ayez envie de chier, décalez ça d’une heure, puis d’une autre, au bout d’un moment vous vous rendez compte de l’importance d’aller à la selle afin d’assouvir ce désir, que dis-je, ce besoin égoïste d’évacuer cet encombrement de matière fécale afin de soulager vos viscères, déjà trop douloureuses par la présence de cet embryon de fecallum. Le temps sera toujours le garant de l’importance d’une affaire, mais ça n’en fait pas le prétexte initial pour la mener à terme.

Putain de merde, cette phrase ci-dessus est tellement propre et détonne tellement par rapport au reste qu’on jugerait que c’est un copier-coller, façon slogan des cheminots d’une manifestation sur l’autre. Ah, on me dit que c’est toujours la même rengaine, et qu’à part « rien branler!rien branler! » ils ne disent rien de nouveau depuis la création de leur corporation proche, sur le plan organisationnel, des illuminatis et autres hommes-lézards.

Deuxième élément : le feignant ne l’est pas intellectuellement ; il va mettre son énergie en oeuvre pour flouer le monde et rendre son histoire crédible pour justifier l’absence complète de son devoir. Bien évidemment, le feignant peu inventif se fera sabrer d’entrée (« mon chien a mangé mon devoir ») tandis que le créatif, le malin, le vrai, sera célébré par les autres comme étant un génie. IL prendra de la hauteur, de la stature, de la flamboyance! Mieux encore, beaucoup de monde le remerciera de s’être fait enculer, même après révélation de l’histoire (dédicace à Crici). Comme quoi une sodomie, quand elle est bien faite, fait toujours plaisir.

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Vas-y, encule-moi et dis-moi que tu m’aimes.

Une mise en garde pour les esprits simples et un peu faibles : le risque est de tomber dans son propre piège, notamment en laissant de l’espace au déni. Cette situation est la pire, la lucidité est perdue, l’individu se raconte des histoires qu’il est le seul à croire (« c’est pas que je ne peux pas arrêter la cigarette, c’est que je n’ai pas envie de le faire maintenant ») et s’enferme dans un système où il enrobe tout fait, tout élément par une perception galvaudée par son esprit malade. En clair : t’es qu’un gros tocard et tu vas te faire tej’ par tout le monde en te faisant traiter de gros teubé qui a un Demis Roussos dans la main. Les fumeurs et autres alcoolos, gaffent à vos culs sur ce sujet, vous êtes bien dans la ligne de mire et vos petites phrases bidons ne trompent personne.

Ah, et j’ai pas d’inspiration pour conclure ce texte, donc trouvez-en une. Ou peut-être que je le ferai demain, s’il fait pas trop beau.

Chignolement Votre,

 

 

 

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