J’ai une grosse bite virtuelle

Les jeux vidéos, avant, c’était réservé aux gamins un peu attardés, aux mecs qui n’avaient que les mondes virtuels et imaginaires pour se projeter et aux personnes dont le mot « social » entraînait des réactions épidermiques, allant de la petite rougeur aux pires kystes rappelant l’immonde peste bubonique.

A l’aube des temps, il n’y avait rien, tout juste la satisfaction d’avoir roulé sur la gueule de son camarade dans un sentiment de surpuissance parce que la manipulation d’un gros stick avait permis à l’individu de faire s’illuminer des pixels à l’autre bout de l’écran.

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Le plaisir à l’état brut dans les années 60 : deux manettes, un écrans et des cordes vocales pour s’insulter.

Les concepteurs trouvant cela trop communiste et pas assez compétitif (c’est surtout que les geeks étaient trop timides pour se rabrouer et mal se parler), du coup le scoring a été rajouté à l’écran pour illustrer les performances des joueurs.

Le scoring, waw putain, quel mot qui claque, trop viril.

En réalité le scoring consiste en un dénombrement des actions afin de définir une performance des différents joueurs et élaborer un classement. Bref, tu comptes les points quoi.

Les jeux se sont vu dotés de système de scoring pour flatter les petites bites en mal de poil des jeunes garçons qui tentaient de se forger une identité devant leurs prouesses pixelisées. Au début tout simple, les game designers sournois se sont dit qu’il fallait complexifier le bouzin, histoire que les mecs se pètent bien les couilles pour faire des points et apprendre à compter en s’amusant. Pas con mais bon, un peu sadique quand même.

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Je comprends rien à ce qu’il se passe à l’écran. Remboursez.

Le truc, c’est que les enfants geeks ont grandi et qu’à présent, ils ont envahi la société. Pire, la plupart des citoyens de notre société moderne joue aux jeux vidéos. Même les vieux, putain, même les vieux!

Comme tout le monde a une vie de merde, il faut bien s’amuser donc on rajoute un nouveau système de scoring dans les jeux : les trophées. Tu tues le boss qui roxxe? Un trophée « Overpower » sur ta carte XBOxmescouillesenlive. Tu utilises 50 vies sur le même niveau? Un trophée « GrosPD2n00bkicraint ». Tu te balades dans les menus? Un trophée « A appuyé sur le menu démarrer ». Je déconne à peine.Tout est valorisé pour offrir de la complétion et du non vide à notre cerveau, histoire de lui faire croire que le rien qu’on accomplit est une étape indispensable à l’atteinte d’un but. Putain de psychologie à la con au service de la diarrhée intellectuelle des soit-disant « créateurs », qui ne sont finalement que des gros baiseurs de leur mère ayant lu un article de Psychologies dans la salle d’attente de leur proctologue.

Désolé les mecs, mais quand je démoule ma merde dans les WC, je crée un objet, je le façonne avec amour et énergie : je suis par conséquent moi aussi un créateur.

Poursuivons : la démocratisation est passée par là et maintenant, point de honte à manipuler une manette, même quand on est un adulte sain d’esprit et de corps, qui baise de temps en temps mais pas trop quand même, faudrait pas que ça prenne sur le temps de jeu. Le mot « geek » est une magnifique façade permettant de se glorifier dans une société iconoclaste, où le fait d’être nommé et identifié sert à justifier son existence et satisfaire son besoin d’être regardé.

Vaste connerie.

La dérive de notre société, constituée de bons gros fils de putes qui ne se respectent même plus, a pris des proportions édifiantes notamment en termes de « conceptualisation de la merde ». C’est génial, mais à tout intellectualiser on justifie tout. Non, ce monsieur ne mange pas de la merde expulsée du cul d’autrui façon human centipède, il est simplement coprophage. C’est un mot joli, oh oui, très joli et pour autant ça veut dire la même chose, mais vu que ça tient en un mot et que ça fait savant et bien c’est moins grave et du coup ça définit ledit monsieur dans une belle catégorie reconnue par la société.

Voilà, maintenant que je vous ai bien expliqué le concept comme à des imbéciles qui auraient du mal à trouver leur bite dans leur caleçon, passons à la suite, à savoir une belle leçon de chose.

La communication positive et autres bullshit modernes nous ont amené sur le chemin de la gamification. Putain de merde, c’est quoi ce nom anglais à la con francisé par une peau de couille des arts et des lettres? Alors déjà du calme, en français c’est ludification, et c’est vachement mieux, non? En clair, le concept c’est de faire mumuse avec tout et n’importe quoi, sous prétexte que c’est vachement plus facile à accepter sous cette forme-là. Génial.

Exemple : le matin pour te brosser les dents, tu vas avoir l’application Pue2LaGueule installée sur ton smartphone, tu la lances le compteur et quand t’arrêtes de te brosser les dents tu l’arrête et paf! t’as un score. Et ensuite t’as des tas de graphiques pour t’expliquer que tu vas avoir des chicots pourris dans 20 ans, et tes scores sont en ligne avec tes copains avec des petits avatars trop rigolos! Putain mais EN FAIT C4EST TROP GENIAL DE SE BROSSER LES DENTS LOL

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La gamification, l’art de faire avancer les ânes. Ou de les faire tourner sur place.

On peut effectivement se dire, de prime abord, que sortir les poubelles, passer l’aspirateur ou baiser sa femme sont des tâches qui mériteraient un peu de ludification histoire de les rendre plus supportables, et qu’on sente moins le poids de leur exécution peser sur le temps nécessaire à les réaliser. Sauf que faire ce choix revient à prôner cette idéologie infecte qui consiste à penser que tout doit se faire sans effort, sans souffrance, sans douleur. Idéologie de pédale, ouais! Putain ça me met les nerfs!

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« Chérie, si je te dépoussière la chambre nuptiale, j’aurais un succès dans Steam? »

L’abnégation, tu sais ce que c’est? C’est complètement l’inverse de ce qui est prôné par cette tendance de merde. Tout ce qui est difficile, chiant, éprouvant et qui nécessite un renoncement ainsi qu’un certain effort est effacé par une couche de chantilly sans réelle saveur. Ramasser des cadavres, oui, mais seulement s’ils sentent la rose! Au final, on vide de son sens l’activité et on stimule le comment en prétendant y adjoindre un but court-termiste (le pourquoi ludique) bien merdique à base d’auto-satisfaction.

OK, notre cerveau est conçu pour se satisfaire des choses complétées, mais si on vide de son sens ladite action en baissant le niveau d’abstraction, autant devenir des putains de broutards qui ne savent même plus pourquoi ils réalisent certaines choses : un coup à finir comme des robots cons comme des manche à balais.

Je reviens sur ce concept d’abnégation : là on touche à de l’éthique, c’est à dire un truc de mec ou de bonne femme bien pourvu en baloches (ou en escalopes, calmez-vous bande de putes). Quant on renonce à sa branlette personnelle pour le bien du groupe, cela signifie qu’on a bien saisi le sens commun et qu’on s’inscrit dans une trajectoire, une mouvance globale qui nous dépasse. De une.

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Vous pensez que Rousey est contente d’avoir débloqué son trophée « Jauge d’énergie vide »?

De deux, il faut absolument arrêter avec ce concept de merde qui est le « zéro souffrance ». Il faut se tromper, se prendre des branlées, avoir les tripes retournées, ramasser sévère pour rebondir. C’est nos émotions qui pilotent l’ensemble, et celles qui sont négatives ont leur rôle à jouer dans nos apprentissages : t’es frustré? t’es pas content? Et bien comprends pourquoi, et bouge-toi en conséquence. Je suis certain que tu sauras déployer l’énergie nécessaire pour ne pas te retrouver dans cette situation. Si ta femme te largue au bout de 6 ans en partant avec ton gosse, tu vas faire quoi? Valider un achievement sur le XBox Live ou chopper un badge Steam histoire d’avoir un trophée pour ta vie devenue merdique, histoire de voir si t’es en haut du classement des fils de pute qui ont baisé avec leur belle-sœur ?

Ludique, mes couilles, éludé ouais!

Chignolement votre,

 

 

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