Les musiques de fête

J’étais tranquillement en train de lâcher des vesses aussi odoriférantes que silencieuses sur ma chaise que Roger, du Design, déboule dans le bureau.

Roger, c’est mon pote de taff, avec qui ont fait les 400 coups, comme glisser des trombones dans le café ou verser du sucre dans l’imprimante laser. Ha ha ha! qu’est-ce qu’on se bidonne!

Du coup, pour célébrer sa venue, je lance une sympathique chanson qui fait office de rituel social entre nous : tourner les serviettes, de Patrick Sébastien. Nous joignons le geste à la parole en rigolant, à l’aide de mouchoirs en papiers collés sur mon bureau.

Et là, Victoria, la fille du bureau d’à côté, se met à gueuler : « Bon les deux gros lourds là, vous commencez à nous saoûler avec vos musiques de beaufs! J’en peux plus putain, c’est pas possible d’aimer la merde à ce point-là, TAS DE GROS CONS!!! »

25 minutes plus tard, les pompiers arrivent enfin et ramassent les morceaux de Victoria, qui s’est défenestrée du dixième étage. Avec un peu de chance, ils n’auront pas repéré son petit cul et ses jambes qui gisent dans la haie bordant l’allée principale, et je pourrais me faire un petit plaisir avant de rentrer à la maison ce soir…

Maiiiis nooooon, je déconne roh faut pas tout prendre au premier degré.

Elle avait un gros cul.


Rentré à la maison et quelque peu chamboulé par cet évènement atroce, je  me pose dans le canapé, un pastis à la main. Quand même, mais quand même, comment peut-on dénigrer ce style musical de façon si violente?

Je suis violemment choqué. La pression de l’intellectualisation de tout et n’importe quoi est telle que la moindre musique un peu « festive » est mise au pilori, permettant à toutes les merdes qui ne se respectent même pas de trouver une activité distrayante en vomissant des torrents de haine, tout en se gargarisant de faire partir des personnes intelligentes.

Car oui, je vous apprends quelque chose : forcément, quand on formule une critique, c’est parce qu’on est trop dans l’analyse et qu’on fait un raisonnement intelligible, du coup on est pas un fanboy de merde qui fait dans l’émotionnel et on est vachement dans le cérébral, putain mec comment je te domine VAS-Y ENCULE-MOI DIS MOI QUE TU M’AIMES§§§

Ahum. Pour penser ça, faut vraiment être con, mais bon après, vous faites ce que vous voulez, c’est votre vie.

Si je vous donne les exemples suivants :

Vous allez tous me dire : « c’est de la merde/musique de mariage/musique de beauf ». Bel exemple de votre piètre argumentation, qui prouve que c’est vous les cons. Je continue, et toujours dans la bonne foi, cela s’entend.

La musique, c’est une résonance émotionnelle. On peut toujours avoir à redire sur des morceaux plus ou moins travaillés, des mélodies plus ou moins originales et des auditeurs plus ou moins sourds, mais une chose est sûr : un morceau vous faisant vibrer n’aura pas la même résonance pour un autre. Tout cela est dicté par votre être, votre éducation, votre connaissance et votre capacité à enlever le balais dans le cul que vos géniteurs et la société vous a inculqué.

Du coup, forcément, quand vous débranchez les câbles et que vous vous mettez à danser sur une musique endiablée, étant donné que vous n’êtes pas danseur professionnel, les autres trouvent que vous êtes ridicule à vous trémousser de la sorte, et ils n’ont pas tort. Mais ces mouvements si disgracieux sont l’expression même de votre bien-être et de votre plaisir à écouter et vivre cette musique.

man-dancing-randy-hilarski
Vanina-ah-ah-aahhhh!

Ce type de morceau si mal aimé, condense généralement différents grands axes :

  • un rythme entraînant ;
  • une construction simple à retenir ;
  • une chorégraphie pouvant être adoptée par tous et exécutées sans difficulté insurmontable.

Bien évidemment, tout ce qui est simplifié et accessible au plus grand nombre est déconsidéré à grand coups de péjoratifs, péroré telle une nuée de cheminots qui parlerait de la notion de travail : « basique », « facile », « musique de feignasse », « 49.3 ». Sauf que faire simple n’est pas à la portée de tout le monde ; il n’y a qu’à appeler un opérateur téléphonique lambda ou contacter son assureur afin modifier son contrat pour comprendre sa douleur. Je veux bien évidemment parler des procédures hein, pas des musiques d’attente.

Forcément, dans une société où on t’explique que tout est sérieux, tout doit être efficace, tout doit être pensé et productif, servir au plus grand nombre dans l’intérêt collectif, on intellectualise n’importe quel concept pour arriver à te faire bouffer de la merde tous les jours et te fader un boulot inintéressant histoire que tu trouves ta place. Et forcément, ça s’applique à tes loisirs et tes goûts, si t’es pas foutu d’en expliquer l’utilité ou le sens, et bien c’est de la merde, voilà mec. Donc quand tu fais le con, essaie de faire en sorte que ce soit utile.

Mais bon, vous faites chier les rageux : ça permet quand même au cousin Vincent de faire le DJ de merde aux mariages sans se faire trop chier à travailler un style/sortir de bonnes transitions : en conséquence, il rentre un peu de caillasse et palpe quelques petits culs de vierges un peu bourrées avant de sauter une demoiselle d’honneur dans les buissons, tandis que la petite sœur de la mariée regarde avec affolement ce que fait ce grand avec son gros zizi dans la bouche de la fille.

Et puis entre nous, c’est pas les petits vieux qui vont écouter « fais la poule » de Sebasto et autre « Le doigt dans l’cul » de Laurent Gerra qui vont aller péter la gueule aux gens dans la rue sous prétexte de se décontracter (pas comme ces connards de cheminots qui croient faire la loi alors qu’ils chient dans leur froc devant les hooligans russes qui dévastent Marseille comme des bonhommes alors que c’est la ville de la Kalash). Non, il vont tranquillement dansouiller en écoutant leur petite chanson rigolote et vont se coucher après une petite camomille/verveine.

De toutes façons, les prouts-prouts qui la ramènent avec leurs chansons à texte, ils écoutent que de la soupe en anglais et bitent pas la moitié des paroles.

Et puis au final, au fond d’eux, tout au fond d’eux, ils aiment cette merde, avec l’affection qu’ils ont pour leurs propres pets. Il suffit de regarder la popularité du site Bide et Musique

Chignolement Votre,

 

 

 

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