Les petites frappes, tarlouzes modernes

L’autre soir, je me suis dit que ça serait sympa de voir un bon film. Du coup j’ai posé ma caisse au parc relais et pris le bus afin de rejoindre le Mégaciné du centre. Cela fait 5 minutes que nous roulons et je me repasse dans ma tête la bande-annonce de « Camping 3 », les yeux brillants ; soudain, voilà l’élément perturbateur, avec 5 de ses copains.

Les jeunes gens, à la voix puissante, la moustache naissante et la tenue sportive, montent dans le bus sans valider leur ticket de bus. Diantre, il y en a qui ont des baloches, pourtant il y a des caméras partout, les mecs sont sûrs d’eux!

A peine installés à l’arrière du bus, la jeunesse parle fort, très fort, ponctuant chaque phrase par un crachat au sol ; ça rit, ça s’insulte et ça met de la musique pourrie très fort sur le smartphone, du coup c’est pas super agréable. Tout le monde ferme sa gueule et préfère endurer l’inconfort quelques minutes de plus plutôt que de devoir adresser la parole au petit groupe qui prend de plus en plus d’assurance et considère le véhicule comme sien.

Certains margoulins commencent même à ricaner ouvertement des autres passagers, ces derniers développant une fascination pour le bout de leurs chaussures et découvrant tous les talents des mains habiles et innocentes des jeunes cordonniers de la planète qui eux n’ont pas besoin de prendre le bus vu qu’ils sont grassement logés dans l’usine. Salauds.  Il y a même des passagers qui lisent les consignes du bus, un truc de fou. Dans ce vacarme assourdissant s’installe paradoxalement un silence de plomb.

Une vieille, qui a sans doute connu la guerre et l’oppression de l’occupant, ouvre le bal. Elle fait une remarque de vieille, à savoir complètement décalée et la voix chevrotante, vous savez, ces voix de vieux qui vous donne des leçons et qui vous insupporte. Les jeunes l’envoient péter, et je les trouve bien gentils parce que franchement, moi j’y aurais tiré une taloche et j’aurais chié dans son sac. La vieille ne se débine pas et leur fait remarquer que leurs crachats sont dégueulasses : elle n’a pas tort mais bon, c’est pas comme s’ils avaient une sinusite non plus, c’est pas des glaires quoi. Et puis merde, ces feignasses d’agent d’entretien peuvent un peu se bouger le cul en fin de journée à frotter un peu de salive séchée sur le sol ; ça leur changera des chewing-gums.

L’intervention de Mémé Justice est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : après s’être faite rappeler à son métier en maison close, les jeunes l’invite à leur faire des faveurs sexuelles tout en la secouant un peu par le carré Hermès. C’en est trop : un étudiant, visiblement taillé dans un coton tige et biberonné à l’eau déminéralisée, demande mollement en levant la main aux jeunes de laisser la mamie tranquille. D’autres voix de protestation commencent à se lever, et un gars de cinquante ans prend les devants tout en restant derrière, mais en parlant suffisamment fort pour se faire entendre.

Une bousculade commence, et j’en profite pour gauler le larfeuille de la vieille,  c’est toujours ça de pris. Je le vide discrètement et le lâche au milieu des jeunes qui sont en train d’invectiver le petit groupe d’indignés, ce qui génère une petite empoignade. Un jeune se prend une claque dans sa casquette qui tombe par terre, tandis que mamie sort son parapluie et commence à faire démonstration d’une certaine maîtrise de la canne française. Le petit groupe est en déroute, et fuit le bus au prochain arrêt en pleurnichant.

Triomphant, le groupe de passager se congratule d’avoir éjecté les « racailles » du bus et que ça commence à bien faire ces histoires. Bon, il s’avère que c’étaient les jeunes du foyer Handicap Mental du coin.

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On bicrave, fils de pute.

Ah! la violence en réunion. Rien à voir avec le fait que vous traitiez Clément de fils de pute parce que son pie chart est incompréhensible,nous parlons ici du fait d’adopter un comportement agressif et brisant les règles sociales (voire parfois un peu plus) en étant en groupe.

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Pas besoin d’agressivité, il suffit d’une bonne vieille porte. Et un sourire trop forcé pour être poli.

Comment fonctionne ce phénomène? Comme disait Aristote : « l’homme est un animal social. … Putain de merde, faut que je la note cette phrase, elle casse des rondelles! » Et effectivement, ce bon vieux Harry avait raison, l’homme cherche toujours à se faire des potes pour se sentir plus fort. C’est bien prouvé : dans le sport collectif, on se sent plus fort et dans les vestiaires, ça sent plus fort.

Note :  je sacrifie cet article sur l’autel du calembour moisi et du bon mot digne de l’Almanach Vermot.

Donc quand t’es avec tes copains, même s’ils sont gisclettes, tu as l’impression de faire parti d’un gros tout, un peu comme si t’étais plus balaise parce que ton crew peut tout gérer vu qu’il y a d’autres êtres sur qui tu peux te reposer, et gérer la trouille (par exemple) ou la violence. Et puis bon, ça crée de l’émulation d’être en groupe, la parole s’anime, on se vanne, on se challenge, on rigole, on se sent un peu entreprenant comme Tonton quand il a mis son zizi dans ta bouche lors de ta communion, et pour la déconne on termine par un peu violer la petite Émilie qui se baladait un peu toute seule dans la rue. Mais ça va, c’est pas vraiment un viol vu qu’on la connaît. Et que c’est ta sœur.

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De la violence en groupe, oui, mais avec de la pudeur. « Planquez-moi pendant que je l’encule! »

Autre phénomène : ça ne se passe pas bien à la maison ou au boulot, du coup tu sors pour t’aérer l’esprit et canaliser ton agressivité en te défoulant sur les gens, et c’est bien normal sinon tu vas faire un ulcère, une crise d’hémorroïdes, une thérapie ou un infarctus si tu gardes tout bien caché au fond de toi. Et comme les copains sont dans le même état d’ennui, et bien autant faire une activité de groupe. Désolé, mais c’est une réalité, tout le monde n’a pas la chance d’avoir un travail épanouissant où on peut s’amuser en groupe.

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Des petits canailloux se détendant durant le travail. Un bel exemple de l’émulation en groupe.

Le problème c’est que c’est un peu chiant à la longue, parce que toi, victime isolée, tu es au fond du bus en train de te branler tout en regardant la meuf au décolleté assise à côté du conducteur qui sanglote, et les mecs viennent t’embrouiller pour rien. T’es taillé comme un table de chevet, et même si t’es un fou dans ta tête (dans les jeux vidéos tu prends toujours le guerrier berserk) t’aime pas trop prendre des coups et être défiguré ; c’est moins sympa de crâner avec les incisives de devant qui ont sautées.

Je pourrais décrire un tas de fois les phénomènes qui interviennent sur l’apparition de cette véhémence collective, ça ne changerait rien au fait que quel que soit le contexte, on ne peut considérer ça que comme de la pédalance. Oui, je l’affirme courageusement de derrière mon clavier sous couvert d’un pseudo anonymat : la violence est en train de se tafiottiser.

Les mecs ont beau se la jouer bonhomme/bodybuilding/musclés et être agressifs en ouvrant leur bouche plus que de raison (tout en ponctuant leurs invectives de quelques gifles), ils n’en reste pas moins que c’est l’expression flagrante d’un manque de courage. Les générations actuelles, ultra-connectées, ne jurent que par le groupe. Le crew, la bande, les fradés, les bro’ si tu préfères. Résultat plus personne n’ose ouvrir sa gueule, on croirait voir un banc de sardine à la con. Et je sais pas si vous avez remarqué, mais les sardines n’ont pas vraiment des grosses couilles et passent leur temps à frétiller dans un sens, puis dans l’autre ; il suffit qu’une d’entre elle décide  de tenter un truc (aller à droite) et tout le monde la suit si elle est un peu plus grande que les autres ou qu’elle a imité Nicolas Sarkozy.

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Génération con-nectée.

Tout le monde chiale sur le fait qu’on est que des pions, des individus noyés dans une masse mais personne ne fait en sorte d’inverser le processus histoire d’affirmer un peu leur personnalité. Même les connards de méchants qui agressent les gens, c’est pour dire où nous en sommes ; ils y vont toujours à cinquante pour faire leur beurre, mais putain on se croirait à la DDE ou chez les cheminots! Où est le courage là-dedans? Le fait de porter ses couilles et de péter la gueule tout seul à une vieille pour lui tirer son sac au lieu de la traîner sur 50 mètres tandis que le copain conduit le scooter? Les mecs, merde! Vous êtes hors la loi avec ce genre de comportement, faites-le avec panache! Un peu d’esbroufe là-dedans, et arrêtez de vous comporter comme des étudiants en école d’ingénieur qui ont bu deux Tourtels!

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Cell demande à ses boys d’aller démonter la Sayan Team : tu m’étonnes qu’il se soit fait éclater la gueule par un gamin de 10 ans.

 

Et à la rigueur, quand t’as enfin une action individuelle, c’est une sortie du groupe pour mettre un coup de pied de fiotte et repartir en courant. Ou alors ça utilise des petits objets pour se sentir puissant, genre une matraque télescopique, des bouteilles ou la dernière revue de MadeInJapan roulée pour en faire une arme létale.

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Putain mec, t’as trop de couilles avec ta baguette magique à taper comme une danseuse. J’ai trop de respect devant ta rébellion.

Vla la gueule des conflits dans la rue maintenant : au lieu de voir deux mecs en venir aux mains, on va voir des groupes de petites piailleuses couiner et s’insulter, en crachant quelques mollards savamment raclés du fond du gosier pour les plus audacieux. Wahou, impressionnant, vivement qu’on en fasse des films.

Je me demande si c’est pas l’influence des dessins animés et des jeux vidéos cette affaire : à force de montrer des héros qui « font faire », on va tous se transformer en cols blancs qui attendent que les choses soient réglées par les autres. Des exemples? Pokemon, Yugi-ho. Que des héros qui passent leur temps à donner des conseils et encourager les monstres qui vont au charbon, tout en prenant des poses classes et en récoltant les lauriers alors que ceux qui vont au turbin, ils se font ouvrir en deux et ils retournent panser leurs blessures souillées de larmes en attendant le prochain combat.

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Il ne branle jamais rien à part balancer des objets dans la gueule de ses subalternes, et les encourage de temps en temps, tout en les félicitant en cas d’échec. Sacha est donc l’archétype du manager moderne. Pédé.

Elle est bien belle, la violence actuelle. Allez, bougez-vous le cul et n’attendez pas que les autres le fasse pour vous si vous voulez avoir un tant soit peu l’impression d’exister.

Chignolement votre,

 

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